Le PC et/ou la tablette ?

Aujourd’hui, une famille belge sur quatre utilise déjà une tablette tactile à la maison. Effet de mode ou pression commerciale, il est clair que l’engouement existe mais cet achat est-il toujours utile et justifié ?
En tant que formateurs en alphabétisation impliqués dans la lutte contre la fracture numérique, nous nous sommes interrogés sur la pertinence de ce nouvel outil. Comment notre public peu ou pas scolarisé allait-il réagir face à cette interface réputée « intuitive » ? Aurait-il plus ou moins de facilité que sur un pc ? Les connaissances acquises sur pc par certains allaient-elles leur faciliter ou non la tâche ? Enfin, en tant que pédagogues, quels pouvaient être les avantages de cette nouvelle technologie ?

Nous avons donc tenté l’expérience de proposer des activités sur tablettes numériques à deux groupes de participants en alphabétisation, c’est-à-dire recueillir leur ressenti, leur motivation et l’intérêt que l’outil suscite. En outre il nous semblait intéressant de vérifier si l’expérience acquise par certains sur un PC facilitait ou non la réalisation des mêmes tâches sur une tablette (rechercher de l’information, envoyer du courrier électronique, encoder un texte, etc).

Les deux expériences se sont déroulées durant le second semestre 2012, à Lire et Ecrire Bruxelles, avec des groupes mixtes de 6 et 12 personnes, capables de lire de nouveaux mots, de comprendre différents textes liés à la vie quotidienne, de trouver une information dans un dépliant publicitaire, un horaire et d’écrire des textes courts (niveau lecture-écriture 2).
La majorité des apprenants avaient été initiés à l’utilisation d’un traitement de texte sur pc, à la navigation et à la recherche sur Internet dans le cadre de leur formation.

Après une courte introduction ayant pour objectif d’observer la tablette et de rechercher les points d’entrée connues, les apprenants ont recherché comment la mettre en fonction. Très vite, un apprenant a reconnu le bouton pour l’allumer ( ) et l’information s’est rapidement propagée dans le groupe.

Dans le premier groupe, nous avons proposé différentes activités : recherche sur internet, saisie d’un texte, réalisation d’une photographie au choix et localisation de son adresse sur google maps. Dans le second groupe, nous avons limité le programme à deux applications en proposant aux participants de tester la prise de vue et la découverte de google maps car nous souhaitions vérifier les observations tirées de notre première expérimentation sans démultiplier le nombre d’activités. Ces animations ont duré respectivement 3 heures pour la première et 2 heures pour la seconde.

Dans un premier temps, les apprenants ont principalement testé la navigation « au doigt » et ont identifié les applications connues ou reconnues (ex. Google, appareil photo, skype, etc). Ensuite, ils ont utilisé différentes applications au gré des activités proposées.

Voici le compte-rendu de ce que nous avons observé durant ces expériences qui ne sont bien sûr que de portées limitées vu le nombre restreint de participants.

Même si le maniement de la tablette est plus intuitif, il faut bien sûr une période d’adaptation car les repères spatiaux sont perturbés. Ainsi, un participant, pour cadrer ses photos, avait davantage le réflexe de se lever, de tendre les bras plutôt que d’incliner sa tablette. De même, la mise en route a nécessité quelques consignes : comment ouvrir un programme, comment accéder à l’interface d’écriture, etc. Mais globalement, les apprenants se sont assez vite débrouillés et principalement dans l’activité « google maps » où ils ont été invités à rechercher leur ville ou région natales, ce qui a tôt fait de lever les inhibitions. La motivation reste un moteur important de réussite.

Si le premier groupe, ayant pratiqué davantage le traitement de texte, a eu des difficultés avec le clavier simplifié des tablettes, il en a été différemment pour le second groupe. En effet, ce dernier ayant acquis peu d’automatismes s’est adapté plus facilement à la nécessité de changer de clavier pour accéder aux chiffres ou encore aux voyelles accentuées. Nous avions déjà eu l’occasion de vérifier ce type d’observation lors de l’utilisation de linux avec les apprenants. Ceux déjà familiarisés avec l’environnement windows ont davantage de blocages que des utilisateurs « vierges ». En proposant aux apprenants d’entrée de jeux les deux systèmes d’exploitation, on améliore ainsi leurs capacités d’adaptation, ce qui est un facteur primordial dans une société où la technologie est en mutation perpétuelle. Nous devons avant tout travailler les compétences d’adaptation, de mise en recherche, et favoriser la désinhibition face aux TIC.

Le fait d’être novice en informatique peut donc avoir des avantages pour l’utilisation d’une interface tactile et intuitive. Par contre, les apprenants ayant un gsm tactile présentaient bien sûr un net avantage pour la navigation « au doigt » sur ceux n’en ayant jamais utilisé. Un apprenant qui avait eu de grandes difficultés auparavant dans le maniement de la souris sur pc, s’est senti tout à fait à l’aise dans le mode de navigation « au doigt ». Il semblerait que cette navigation soit plus naturelle que le recours au clavier et à la souris.

Les apprenants ont également apprécié la quantité d’applications disponibles – dont la possibilité de consulter des journaux. De même, ils ont été impressionnés par le caractère pratique de la tablette qui, par sa taille et sa légèreté, permet de l’emporter partout facilement. Les réactions ont été diverses et globalement positives, entre autre : « une tablette est facile à emporter avec soi, le système est simple à utiliser, on peut mieux repérer les icônes, le démarrage est rapide, je peux la mettre facilement dans mon sac et on ne doit pas manipuler une souris et un clavier ». Par contre, le coût a été plusieurs fois soulevé : « il est nécessaire de s’abonner à un fournisseur Internet, c’est cher et la tablette aussi ».

En tant que formateurs, il nous semble donc que les tablettes peuvent, mais au même titre que tous les outils technologiques, apporter de réels avantages à des personnes peu aguerries aux TIC. Le maniement des tablettes semble effectivement plus aisé et plus intuitif et là, où les utilisateurs habituels du pc éprouvent des difficultés, ceux qui sont novices s’en sortiraient mieux (Cf. utilisation des différents claviers sur la tablette).

Du fait de son poids, de sa taille et du nombre d’applications disponibles, la tablette est bien évidemment un outil attractif pour le formateur. Il peut facilement emmener une ou plusieurs tablettes lors d’une visite à l’extérieur, par exemple. Faire faire des photos par les apprenants, qui peuvent ensuite les retoucher, les envoyer par mail ou encore les publier sur un blog commun. Le tout à partir d’un seul outil. De plus, l’autonomie de ces tablettes (± 10 heures) les rend bien sûr très attractives et pratiques !

Il reste bien sûr que l’utilisation des tablettes doit avant tout répondre à la poursuite d’un objectif d’apprentissage pour les apprenants et non pas répondre à un effet de mode ! Il s’agit là d’un outil pratique qui peut compléter l’équipement TIC d’un atelier en permettant de varier les supports technologiques et donc de travailler l’autonomie des participants. Le prix des tablettes restant encore élevé (prix moyen : 400€), il faut donc bien évaluer ses besoins et ceux de ses apprenants ! Un formateur averti en vaut deux !

Pour info, si vous souhaitez aussi tester des tablettes numériques avec votre groupe, vous pouvez vous inscrire en complétant le formulaire :
http://www.jotformeu.com/form/20921518106345

Participez à la vie de ce site

Vous avez réalisé une animation TIC dans votre groupe. Vous avez travaillé la vidéo avec votre groupe. Vous avez réalisé une pratique en utilisant un appareil photo,…

Pourquoi ne pas publier l’une de vos pratiques sur ce site ?

Proposez une activité